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Monthly Archives: May 2010

Pierre Gendron
“ AUTOUR DES PAYLANDES ”

1958-1988 : oeuvres sur papier

Paylande est pour moi la façon de rendre hommage aux êtres vivants. C’est un appel à la “raison poétique”, à la tolérance, à la générosité.

L’art est avant tout une expérience humaine où le coeur s’investit en entier. Peindre ou dessiner pour moi, c’est une façon d’être et de respirer, c’est un dialogue entre la pensée, la sensibilité et la technique. Avant tout l’art est une affaire de méditation dans l’action et dans le geste.

J’exprime par des lignes, des formes et des couleurs ce que je ressens. Ces images issues de mon imagination ne se veulent jamais anecdotiques, elles invitent plutôt librement le spectateur à la connaissance intuitive de ces images, et donc à une participation active face à l’oeuvre. Ce produit esthétique est quelque chose de fragile et d’impalpable comme la qualité. Enfin comme dit si bien Paul Klee : “L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible”.

L’évolution de mon oeuvre se fait par étapes successibes, parfois par palliers, et sa continuité, sa vie ou sa survie ne sont pas toujours au service du “talent” qu’on a et on revient toujours sur l’essentiel : être à l’écoute de soi, cette nécessité intérieure dont parlait Kandinsky. L’important ce n’est pas d’arriver mais d’être en marche, une certaine quête.

Pour moi, l’art c’est une façon de transmettre à des générations futures ce que j’ai été.

Pierre Gendron
“ AUTOUR DES PAYLANDES ”

1958-1988 : Works on paper

Paylande is for me a way of paying homage to humankind . It is an appeal to poetic reason, to tolerance, and beauty, and generosity.

Art is above all a ‘human’ experience where one is involved heart and soul. Painting or drawing is for me, a way of living and breathing, it is a dialogue between thought , feeling and technique. Above all, art is a form of meditation from concept to execution

I express by lines, forms and colours what I feel. These images from my imagination never intend to be descriptive. Rather they invite the viewer to actively dialogue with the work and to respond freely and intuitively to the images. This esthetic experience is something fragile and impalpable as is the quality. Finally as Paul Klee says so well:
“ Art does not reproduce reality , it reveals it.”

The evolution of my work comes about by stages, sometimes by steps. Its continuity, its life or survival are not always related to the talent one has and one always comes back to what is essential : to listen to one’s inner voice, that inner need Kandinsky spoke about. What is important is not the destination, but the process, a kind of quest.

For me, Art is a means of conveying to future generations what I was.

<< Peindre est toujours et encore plus aujourd’hui un acte de foi. Le doute, la confiance, le paradoxe, ou un certain trac devant la surface blanche. >> Pierre Gendron

PIERRE GENDRON poursuit, avec les deux tableaux exposés à la Galerie Verticale à l’automne 2009 (reproduits en couverture et aux pages 14 et 15 du numéro Brèves), la recherche artistique entamée avec ses oeuvres – notamment celles sur papier – réalisées à partir de 1958, et regroupées sous le titre Autour des Paylandes.

<< Paylande est pour moi, écrit l’artiste de renom, la façon de rendre hommage aux êtres vivants. C’est un appel à la “raison poétique”, à la tolérance, à la générosité. L’art est avant tout une expérience humaine où le coeur s’investit en entier. >> Peindre ou dessiner est devenu tout ensemble sa façon d’être, de respirer et de faire dialoguer sa pensée et sa sensibilité avec sa technique unique. << Avant tout, explique-t-il, l’art est une affaire de méditation dans l’action et le geste. >> Pour appuyer sa conçeption du travail artistique, il cite Paul Klee : << L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible.>> Il se réfère aussi à Kandinsky qui considérait qu’être à l’écoute de soi est une nécessité intérieure.

Pour décrire au mieux sa démarche artistique, Pierre Gendron dit encore : << J’exprime par des lignes, des formes et des couleurs ce que je ressens. Ces images issues de mon imagination ne se veulent jamais anecdotiques, elles invitent plutôt librement le spectateur à la connaissance intuitive de ces images, et donc à une participation active face à l’oeuvre. >> Il précise que l’important, pour lui, n’est pas d’arriver mais d’être en marche, en état de quête personnelle. Mais il ne cache pas qu’en fin de parcours, il espère qu’il aura transmis aux générations futures en partie importante de ce qu’il aura été.

Né à Montréal en 1934, le Lavallois Pierre Gendron a une formation en arts appliqués, notamment en sculpture, gravure et graphisme. Il détient un brevet d’enseignement des arts plastiques, discipline qu’il a enseignée au cégep du Vieux-Montréal et à l’Université de Montréal. Il a été boursier du gouvernement du Québec et du Conseil des Arts du Canada. Il a remporté, en Suisse, le Grand Prix de la VIe Mostra internationale Di Bianco Enero. Il compte à son actif plus de vingt expositions, et nombre de ses oeuvres font partie d’importantes collections privées.

Revue Brèves, 2010

2009


Pierre Gendron est, parmi les peintres actuels, l’un de ceux qui répond à l’idée que je me fais de l’artiste : créer un monde personnel, parallèle à celui de la Nature. Un monde qui peut bien, à l’origine, s’en inspirer, mais qui doit aller au-delà. Un monde qui va s’efforcer de transformer la Nature de la métamorphoser, de la transcender peut-être, en réussissant, à certains moments de grâce, à dire le non-dit, à exprimer l’inexprimable.

Or, c’est essentiellement lors d’expositions-rétrospectives que l’on peut avoir ce coup d’oeil panoramique qui permet d’avoir une vue d’ensemble : moment redoutable ou merveilleux où tout se met en place ; moment de vérité pour le peintre aussi bien que pour le critique d’art.

À ce monde parallèle, on peut demander deux qualités : d’abord qu’on puisse y trouver des ‘constantes’ qui créent chez le peintre une identité profonde, ontologique. On dit alors devant telle ou telle toile : “Tiens, un Gendron…”. En 1940, devant l’inoubliable exposition de Pellan à Québec, j’avais eu ainsi l’évidence d’un univers nouveau. Même sentiment, actuellement, devant Borduas aux Beaux-Arts.

Mais, en plus de ‘constantes’ et de la cohérence, il faut une évolution, un dynamisme intérieur, des moments préparés par des “passages”. Tout cela est visible aux cimaises de Laval: périodes de début, aux formes géométriques, rouge, ocres, noires, blanches, très structurées (qui pourtant ne font pas de Gendron un “plasticien” …). Période de transition, aux taches éclatées avec des carmins délicats et des verts végétaux. Enfin période des “Paylande”, beaucoup plus gestuelle, lavée, transparente, qui nous mène jusqu’à hier soir et qui nous ramène à sa première toile figurative des années 54.

Mais toujours chez Gendron, un “monde” nous est proposé, un monde de structures et de gestes, avec au coeur même, une recherche obsessive de l’équilibre. C’est la vie.

Guy Boulizon (historien d’art)
Texte tiré de la présentation de l’exposition de Pierre Gendron tenue à la Maison des arts de Laval en mai 1988

Pierre Gendron is, among contemporary artists, one of those who satisfies my own conception of what an artist does : to create a ‘ personal ‘ world parallel to the ‘natural ‘ world. A world that may find its initial inspiration in nature but must go beyond it. A world that feels compelled to change nature, to transform it, perhaps even transcend it and in certain moments of inspiration, succeeding to say what cannot be verbalized, to express the inexpressible.

And so, it is essentially during retrospective exhibitions that we can get that panoramic overview of an artist’s work: a moment of dread or wonder where everything falls into place, a moment of truth for the artist as well as for the art critic.

Of this parallel world, one can ask for two qualities. First, to find in it “constants” that give an artist‘s work a personal and unique vision. And so one would say before this or that painting: “There, that’s a Gendron….
In 1940, viewing the unforgettable Pellan exhibition in Quebec City, I had as a result, experienced a new world. Same thing happened, really, faced with a Borduas at the Beaux Arts exhibition.

But, besides “constants” there must be evidence of an evolution, an inner dynamic, moments resulting from personal growth. All that is evident in the works hung on the walls in Laval: the early period with its geometric forms, reds, ochres, blacks, whites, very structural (which, by the way, do not make Gendron “an abstract artist”….).The Transition period with its exploding soft reds and organic greens. Finally the ‘Paylande ‘ period, much more spontaneous, colour washed, more transparent – which lead us to last evening and which take us back to his very first figurative painting of 1954.

But always, with Gendron, a world is offered to us, a world of structure and thought. At its very heart, an obsessive search for balance. That is life.

Translation of text taken from the introductory remarks made by Guy Boulizon (Art Historian) at the opening of the Pierre Gendron exhibition held at the Maison des Arts de Laval in may 1988.


1997